LesPenitentsGris

 

 

En 1205, en Italie, François d’Assise décide d’épouser “dame pauvreté” et troque sa ceinture de cuir pour une simple corde nouée. Bientôt il fonde un tiers ordre séculier regroupant des pénitents en diverses congrégations de femmes et d’hommes, mariés ou non, souhaitant aller convertir les populations du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique, en œuvrant sous la règle fransciscaine.

 

 

Les « paenitens », personnes voulant se repentir, existent depuis les premiers temps du Christianisme. Pour pouvoir être un jour absous de leurs péchés, ils se soumettent volontairement à diverses peines expiatoires. Bientôt, les pénitents se groupent en “associations charitables de caractère religieux”, adoptant de strictes conditions de vie, basées sur le jeûne, l’abstinence et la prière.

 

 

Après la septième croisade, Louis IX aide une confrérie de moines franciscains à s’établir à Aigues-Mortes, comme il l’a déjà fait à Paris, appréciant leurs combats pour la foi, qu’ils mènent l’épée à la main, en terre sainte. Comme ils portent une robe de “corde liée”, en France ils sont appelés les Cordeliers.

 

Passé le milieu du XIIIe siècle, les moines Cordeliers d’Aigues-Mortes acceptèrent que des habitants, en pénitence, servent et chantent durant leurs offices. Peu après, ces pénitents, pour services rendus à la cité, obtinrent des moines la possibilité de bâtir leur propre chapelle, à proximité du couvent.

 

 

Si, dit-on, l’habit ne fait pas le moine, il représente pour le pénitent toute une symbolique expiatoire. Un pénitent porte le sac, simple robe de toile nouée à la taille par une corde, coiffé d’une cagoule. Le sac est le symbole même de la pauvreté et servira de linceul au pénitent. La cagoule complète le sac en couvrant la tête jusqu’aux épaules, simplement percée de deux trous au niveau des yeux, symbole d’humilité et d’égalité. La corde, appelée aussi cordon, enserrant la taille, descend presque à terre, son triple nœud en symbolique de la discipline.

 

 

A Aigues-Mortes, ces premiers pénitents prennent pour modèle la robe grise de leurs frères d’Avignon, une non couleur symbolisant l’uniformité, le travail, mais aussi, puisque composée à parts égales de blanc et de noir, la vie et la mort et donc, pour les catholiques, la résurrection. Depuis le début du 19è, il portent une croix bleue brodée sur le sac, signe du rattachement des pénitents bleus de la ville de Montpellier.

 

 

Les impétrants sont admis dans la confrérie, par tradition familiale ou par cooptation, à la suite d’un triple vote. Ils sont soumis à un rituel précis, astreints à une quotité annuelle et peuvent être exclus s’ils s’éloignent de la règle. Les pénitents sont dirigés par un conseil de treize dignitaires avec, au rang le plus élevé, le prieur, élu pour un an avant de rejoindre la dernière stalle du chœur avec le simple titre de portier, ne devant garder aucun souvenir des hautes charges détenues.

En 1575, durant les guerres de la Ligue, le couvent des Cordeliers et leur chapelle sont détruits et brûlés. Il fallu attendre Henri IV et 1607 pour que les pénitents gris puissent reprendre leurs activités et construire la chapelle que nous pouvons visiter aujourd’hui.

 

 

Au milieu du 17è siècle, le pape reconnu officielemment la communauté et lui accorda certains privilèges comme celui de pouvoir exposer le Saint Sacrement lors de différentes cérémonies religieuse. La principale est celle du vendredi saint, les cinq plaies du Christ devenant leur nom comme leurs armoiries, placées au faite du clocher et sur une colonne dressée dans la cour.

 

La chapelle, pleine propriété des pénitents gris, fut agrandie et embellie au 17è, dans un pur style Louis XIV.  Orientée, elle est pleinement illuminée par le soleil couchant lors de la fête de la Saint-Jean, au solstice d’été. En 1687, un retable représentant la passion du Christ fut exécuté en stuc gris par le sculpteur monpelliérain Sabatier. C’est un ouvrage remarquable.

 

 

A proximité, une deuxième chapelle, celles des pénitents blancs, se visite également à Aigues-Mortes. Leur robe blanche symbolise la lumière quand ils accompagnent les défunts vers leur dernière demeure. Une fresque et des tableaux, récemment restaurés, sont à découvrir.