LesTempliers

 

Passé la première croisade, pour sécuriser les Etats d’Orient, quelques chevaliers se mettent librement au service du Saint-Sépulcre, première militia christi se chargeant d’une fonction de maintien de l’ordre. Logés près de la mosquée Al-Aksa, sur la place de l’ancien temple de Salomon, on ne tardera pas à les nommer templiers. Le 22 janvier 1129, lors du concile de Troyes, la papauté officialise l’ordre du Temple et Bernard de Clairvaux en écrit la règle, inventant la notion de guerre sainte.

Les templiers seront des combattants disciplinés, sans orgueil et sans haine, pour qui, en bons chrétiens, il sera «plus difficile de donner la mort que de la recevoir». Tout chevalier a droit à des vêtements de combat neufs, un blanc manteau à la croix pattée rouge, à trois chevaux et une dizaine d’hommes de soutien. Ils peuvent recevoir des dons en indulgence pour leur financement, peuvent percevoir une dîme dans leurs fiefs et sont exonérés de tout impôt. Un peu plus tard, ils pourront avoir leur propres oratoires, leurs propres prêtres et enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. En bref, une totale indépendance par rapport au clergé séculier.

Rapidement, de nombreux hommes, souvent de petite noblesse, s’enrôlent et, pour armer ces hommes comme pour construire et défendre les forteresses croisées en Orient, les templiers collectent des dons dans l’Europe entière. Chaque seigneur se fait un devoir d’offrir une terre, une propriété, une part de son fief, comme le veut la coutume féodale. Ils auront bientôt 700 commanderies en France. A Aigues-Mortes, les templiers possèdent les terres de Daladel, Saint-Jean-de-la-Pinède et Les Salicots.

Si, en tant que recruteurs, les templiers sont partout, en tant qu’investisseurs, ils ne le sont pas moins. D’experts en sécurité, ils deviennent de sûrs garants financiers. Ils inventent la lettre de change : il suffit d’avoir déposé son argent dans la caisse d’une commanderie pour qu’il soit mis tant à l’abri qu’à disposition, où et quand vous le voudrez, dans toute autre commanderie. Ils ne prélèvent pas d’intérêts, mais savent toutefois jouer sur le taux de change. Le roi Louis VII, se préparant à partir pour la deuxième croisade, leur confie le trésor royal. Henri II d’Angleterre fait de même. Pour preuve de leur modernité commerciale, ils développent ce que l’on appèlerai aujourd’hui des formules all inclusive... En effet, ils élèvent des chevaux dans le Larzac, les parquent à Aigues-Mortes et les mettent à disposition des croisés, prêts à être embarqués dans leurs propres bateaux, sortis de leurs propres chantiers navals et mouillant dans leur port maritime, au niveau de Listel...

Passées les croisades, l’ordre du Temple, devenu la plus grande organisation supranationale du monde, tant financière que commerciale ou militaire, fragilise et donc inquiète la royauté. La papauté propose au roi de réunir, dans un même ordre, templiers et hospitaliers. Jacques de Molay, qui vient d’être élu grand maître du Temple, fort de 1.500 chevaliers et 15.000 hommes de soutien, organise au plus vite des états généraux, comme à Arles ou à Montpellier, contestant ce projet et mettant ses troupes en garde sur les intentions royales.

Alors une rumeur court, servant les ambitions du roi et parlant de pratiques obscènes chez les templiers. Le pape convoque de Molay qui, informé de la rumeur, la conteste et obtient du pape de mener une contre-enquête. Mais Philippe-le-Bel n’en a cure et envoie dans toutes les sénéchaussées un ordre d’arrestation, à mettre en œuvre le vendredi 13 octobre 1307. Ce matin là, tous les templiers sont arrêtés simultanément. A Aigues-Mortes, 45 templiers sont enfermés dans la Tour de Constance avant d’être transférés à Alès pour y être jugés, après avoir “avoué” leurs crimes, sous la torture.

En «son état, son habit et son nom», l’ordre est supprimé par le pape, validant ainsi la requête du roi. Si les caisses ont disparu, les biens des templiers sont confisqués et pour partie donnés aux hospitaliers de Saint-Jean. Les principaux dignitaires templiers sont condamnés à la prison à vie. Jacques de Molay comprend que son ordre ne s’en relèvera pas. Il défie alors le pape et le roi devant Dieu. En réponse, Philippe-le-bel le fait exécuter, mis au bûcher dressé à la va-vite sur l’ile de la Cité.

Avant de mourir, avec dignité, Molay proclame : «Dieu sait qui a tort et a péché, et le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort ! Seigneurs, sachez qu'en vérité, tous ceux qui nous sont contraires, par nous auront à souffrir...»  Durant le mois qui suivit le pape mourut et, quelques mois plus tard, le roi.